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Hypothèse de la fin de l’humanité

Suite à mon interview par la chaîne Thinkerview sur le risque d’effondrement de la civilisation thermo-industrielle, on me demande des précisions sur une de mes inquiétudes :

La fin de l’humanité est-elle envisageable si le réchauffement climatique est trop élevé ?

Il m’était difficile de rentrer dans le détail lors de l’entretien, en direct, mais la crainte que les continents subissent 6 à 10 degrés de réchauffement en 2100 est légitime, si nous n’agissons pas (ce qui est une possibilité à considérer), ou même si nous suivons le scénario idéal du GIEC, qui est jugé d’ailleurs par la plupart des climatologues désormais comme étant plutôt conservateur et optimiste.

Voici les récents propos de Jean Jouzel auxquels je me référais :

« Certaines régions en France connaîtraient des journées à plus de 50 °C, selon une récente étude.

C’est un travail très utile car il rend le phénomène concret. Si on n’agit pas, la planète se réchauffera en moyenne de 4 à 5 °C d’ici à la fin du siècle par rapport à l’ère pré­industrielle. La limite à ne pas dépasser, c’est + 2 °C. Si on respecte les accords de Paris, on sera entre les deux, entre + 3 et + 3,5 °C. Or il est difficile de faire comprendre qu’un degré de plus nous fera basculer dans un autre climat. Ces chercheurs ont compilé les données de températures journalières et travaillé avec un modèle de Météo France d’une résolution de 12,5 kilomètres. Si rien n’est fait, vers 2075, les maximales journalières seront certaines années plus chaudes de 12 à 13 °C dans l’est de la France, de 8 °C en Bretagne. Et cela sur des températures dépassant déjà 40 °C! On atteindrait ainsi 50 à 55 °C dans certaines régions. »

Source : Le JDD

Quant au fait que la température au-dessus des continents soit approximativement doublée par rapport à la moyenne mondiale (ce que nous lisons entre les lignes dans ce que dit Jean Jouzel), voici les sources :

Extrait de « Comment tout peut s’effondrer », de R. Stevens et P. Servigne :

« En novembre 2012, la Banque mondiale a publié un rapport qu’elle avait commandé à une équipe de climatologues de l’université de Postdam sur les conséquences qu’aurait une augmentation de + 4 °C sur nos sociétés et sur la vie sur Terre. Une moyenne de + 4 °C signifie des augmentations jusqu’à + 10 °C sur les continents (il faut par exemple imaginer un été à + 8 °C de moyenne dans le sud de la France !). »

Source : A Bruger et al., 2012, op. cit. + lien vers le résumé de l’étude

Ce doublement de la température sur les continents est d’ailleurs déjà mesuré, en particulier aux hautes latitudes et en montagne, et la boucle de rétroaction positive de la déforestation à cause du réchauffement ne pourra qu’augmenter ce différentiel entre la moyenne mondiale et la température au-dessus des continents.

Je pourrais rappeler aussi que le GIEC, l’ONU et l’Organisation Météorologique Mondiale et le Hadley Center ont signé un document en 2015 qui estime qu’un dérèglement chaotique de la biosphère est à envisager dès 1,5 degrés de réchauffement, non à partir de 2 degrés. C’est ce à quoi l’agriculture est particulièrement sensible : que les températures ou les pluies varient de façon chaotique (décalages saisonniers, excès ou pénurie d’eau, soudaineté et brutalité des épisodes de canicule…). Et de fait, nous voyons déjà aujourd’hui les rendements agricoles baisser, sur le seul critère du réchauffement climatique (article Rendements agricoles — La grande panne paru dans Science & Vie — Janvier 2015).

Les rendements baissent déjà à cause du réchauffement, l’essentiel du réchauffement ne s’est pas encore manifesté (en partie à cause de son inertie importante), l’évolution de ce réchauffement sera très prochainement bien plus chaotique et violente (voir les évènements récents au-dessus de l’Atlantique…), de très inquiétantes perspectives pour l’humanité sont donc à envisager, selon des indicateurs connus et mesurés.

En résumé, j’ai voulu rappeler lors de l’interview sur Thinkerview que nous ne pouvons pas nous permettre d’évacuer les scénarios les plus extrêmes pour notre avenir, car ils sont compris dans les perspectives réelles. Que nous ne réduisions pas collectivement nos émissions et que des boucles de rétroaction immaîtrisables s’engagent n’est pas certain, mais ce sont des possibilités que nous devons absolument prendre en considération, en particulier parce qu’aujourd’hui encore nous continuons à suivre la trajectoire du pire, avec une discipline déconcertante.

Comme je le précisais lors de l’interview, je ne m’exprime sur ce point qu’à titre personnel mais oui, la fin de l’humanité à terme est envisageable, à cause des dégâts environnementaux que nous avons causés et que nous continuons à causer. Tout ce que nous mettrons en place qui réduira notre impact minimisera donc ce risque.

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